Catégorie : Réflexion

Bikes of burden

En Inde, j’ai remarqué quelque chose : on cherche toujours à doubler l’autre. Je me suis fait cette remarque le premier jour en arrivant en taxi au campus, quand le chauffeur ne faisait que doubler et doubler. Et avec les autres taxis ou bus que j’ai pris durant mes 4 mois, c’était la même chose. Pas possible de rester en ligne, s’il y a une voiture devant soi il faut klaxonner pour lui montrer qu’on a envie de la doubler et lui demander de se rabattre.

Après ça, vous vous doutez sûrement qu’il se passe aussi quelque chose dans les files d’attente. Et bien vous avez raison ! C’est le même combat quand les gens font la queue pour quelque chose (billet de train dans la gare, popcorn au cinéma, entrée au musée, …). Chacun cherche à profiter de l’espace existant pour se frayer un chemin et passer devant.

Je me suis demandé si ce n’était pas seulement lié au fait que j’étais un “touriste” au milieu des indiens, mais en observant de loin, je me suis rendu compte que c’était le cas aussi entre locaux, alors l’histoire du touriste qui se fait doubler parce qu’il est lent et ne comprend rien, ça ne tient pas (même si dans certains cas c’est la raison principale pour se faire doubler, je confirme).

Bref, tout ça pour dire que chez les indiens, on sent vraiment un fort esprit de compétition, présent partout étant donné qu’ils l’exercent à chaque fois pour sortir du lot. Une des forces de la nation ?

J'ai un bonnet rouge

Aujourd’hui, c’est Noël, meme en Inde. Pour mon dernier jour à Calcutta, je décide donc de me promener dans les rues de la ville, et l’envie me prend de prendre un bateau à l’embarcadère pour traverser le fleuve Hooghly et me rendre à la gare Howrah, la plus grande gare d’Asie (rien que ça).

Goats in Maidan

Sur la route, je rencontre des petits bons hommes aux chapeaux rouges, la preuve que les indiens aussi fêtent Noël (ou simplement les indiens qui sont chrétiens, je ne leur ai pas demandé).

Christmas is in Calcutta

Il faut savoir que le fleuve Hooghly est un bras du Gange, donc il a aussi quelque chose de sacré qui fait que certaines personnes viennent y faire leurs ablutions tout au long de la journée, ou laver leur linge (comme à Varanasi dont je vous parlerai plus tard).

Hooghly : the sacred river

Bon, mais revenons en à nos moutons (le titre). A côté de la gare Howrah, il y a l Howrah Bridge, un des symboles de Calcutta qui fait 450 mètres de long et qui est assez impressionnant à voir. Il est interdit de prendre ce pont en photo depuis sa construction en 1943, car il était considéré comme un site stratégique et militaire. Aujourd’hui, il est encore interdit de prendre ce site en photo, et on va dire que j’ai joué au con…

Howrah Bridge

Du bateau, j’ai déjà pris quelques clichés, mais je voulais également prendre la circulation présente sur le pont. Ni une ni deux je sors mon appareil, je fais de bonnes photos de la circulation (les beaux taxis jaunes, les bus bleus, les vélos, les rickshaws…), et là je me rappelle qu’il est interdit de prendre le pont en photo. Je regarde un peu autour de moi, le panneau est bien là, jaune, accroché aux piliers de l’édifice. Je commence donc à ranger mon appareil pour éviter de me faire attraper, et je regarde la guérite où un gardien est en train de garder. Tout va bien. Mais quelques secondes plus tard, je me retourne et ce gardien… a disparu. Au moment de me retourner, je me retrouve face à face avec lui (et sa moustache, on aurait pu faire un clash) et il me demande de le suivre. Là je me dis oups, t’as fais une boulette, essaye de te faire passer pour le touriste bête et méchant, ça pourra peut être passé.

Le gardien m’amène devant son chef, dans la guérite au milieu du pont, qui commence à me parler un anglais approximatif : “you take picture of thé bridge? on photo.” Je lui explique que je ne savais pas, que je peux bien sûr les effacer devant lui s’il le souhaite, mais rien n’y fait, il commence à monter sur ses chevaux et m’annonce une amende de 5000 roupies si je ne veux pas me retrouver avec les menottes au poignet. 5000 roupies ça fait à peu prêt 70 euros, c’est quand même énorme… J’essaye de trouver des explications, sautant que ça commence un peu à sentir le roussi. Je sors ma carte d’étudiant de l’IIM, on ne sait jamais ça peut toujours impressionner. Mais rien n’y fait, il ne veut pas m’entendre.

Et c’est alors que le mot magique arrive… “Bakchich” sort de sa bouche, “2000 roupies”. Je sens dans son regard comme une joie intense et il doit être en train de se dire : “tiens, je vais me plumer un petit touriste aujourd’hui”. Bien sûr, étant donné que c’est mon dernier jour à Calcutta et en Inde, je n’ai pas cette somme sur moi, donc je la joue fine en lui sortant mes deux billets de 100 roupies qui traînent dans ma sacoche (j’avais 1500 dans mon portefeuille bien au chaud, quand même). Il ne bronche pas, refuse ces quelques billets et reste sur ses 2000 roupies. Je continue avec “je suis étudiant, je suis pas riche, etc…” et il commence à regarder son pote gardien qui m’a cueilli… il se rapproche de mon oreille et me dit “1000 roupies”. Je ne sais pas trop quoi faire, est-ce que je peux me permettre de marchander comme si j’étais chez un vendeur de soie ou de cachemire, le menaçant de quitter sa boutique si c’est trop cher. Non, je ne peux pas, donc je ne dis rien. Je lui tend mes 200 roupies pour lui expliquer que c’est tout ce que j’ai (3 euros, faut être con pour penser que j’ai que ça). Et par miracle, je le vois qui se décide à me tendre l’appareil et à me prendre mes 200 roupies.

Avant de partir, il me demandera bien sûr d’effacer mes photos devant lui, ce que j’ai fait à contre coeur mais avec un peu de peur au ventre quand même, j’étais presque sorti de ses griffes.

Bref, une belle frayeur pour ce dernier jour en Inde, j’ai mon avion demain matin avec mon escale à Dubaï, je vous souhaite à tous un joyeux noël et à très bientôt pour ceux que je revois sur Paris dimanche !

Comme quoi, on peut toujours corrompre un policier en Inde, mais ne le répétez pas au gouvernement.

The man and the cab

Escargot

Sur le papier, Internet était vendu comme une évidence pour mon échange en Inde : “state of the art internet connection” qu’ils disaient…

Mais au bout de 2 mois passés ici, je sais maintenant que ce n’est pas forcément la réalité sur le campus. La connexion est lente, voire très lente à certains moments de la journée, alors que le réseau interne est ultra rapide (le logiciel de partage de fichier en peer to peer du campus en est la preuve). Vous allez vous demander pourquoi je parle de ça ici, Internet vous vous en foutez un peu, vous voulez entendre parler de voyage…

Mais cet élément, aussi mineur qu’il puisse être, a un impact énorme sur mes activités. Etant à l’étranger, je communique davantage par Internet, et toutes mes attaches en France se font via ce canal. Qui dit vitesse lente, dit donc passer plus de temps pour faire la même chose. Par exemple, pour écrire un article, faire des recherches, cela me prend beaucoup plus de temps, et comme une journée ne dure que 24h (même ici), je me retrouve à ne pas pouvoir faire tout ce dont j’ai “l’habitude” de faire avec une connexion normale…

Un gros dilemme de geek, je vous l’accorde, mais ça reste un problème pour moi !

La semaine dernière, nous avons fait une sortie organisée par l’école quelque peu… originale. En Inde, la spiritualité est présente un peu partout, alors quand on vient ici, les temples sont des lieux incontournables. A Calcutta, il n’y en a pas forcément beaucoup, mais certains sont pas mal du tout, et puis vous allez voir qu’il y a des “règles” à respecter en entrant dans un temple, alors c’était bien d’être accompagné pour la première fois (ma première fois).

Départ en bus à partir du campus à 13h le dimanche, nous arrivons au premier temple 1h30-2h plus tard. Nous voilà au temple de Dakshineshwar, un des plus grands temples de Calcutta. Ce temple est dédié à Kâlî, déesse du Temps, de la Mort et de la Délivrance. Il a été construit en 1847 par Rani Rasmoni. Ce lieu est également très connu des indiens hindouistes car Sri Ramakrishna, une personnalité spirituelle, y a vécu. D’ailleurs, sa chambre est désormais un musée.

Le temple de Dakshineshwar

Autour du temple, des singes vivent paisiblement, et un ghât donne accès à l’Hoogly, une des branches du Gange.

Sur le Ghât du temple

Avant d’entrer dans le temple, voici quelques “prérequis” afin de respecter les lieux (et les divinités) :

  • laisser ses chaussures à l’entrée, et entrer pied nu dans le temple. Pour certains ça peut paraître sale (à cause des flaques d’eau croupie dans la cour du temple), mais je pense que c’est tout à fait normal, et plutôt agréable de retrouver la sensation de marcher pied nu.
  • porter des vêtements couvrants : bien sûr, ce conseil est surtout pour les filles qui doivent mettre des manches et pas de jupe, mais à mon avis elles l’ont déjà compris en se promenant dans la rue ;)
  • respecter les lieux en gardant le silence et éviter de s’agiter : assez logique, mais bon quand on arrive en groupe dans un lieu comme cela, on a vite fait de déraper.
  • pas de photos à l’intérieur du temple –> tristesse, mais on fait avec hein, et voici une photo de l’intérieur du temple trouvée sur Internet :

dakshineshwar02

En pénétrant dans l’enceinte du temple, j’ai été assez étonné par la superficie du temple : une grande cour avec de nombreux petits temples qui s’organisent autour du plus gros temple dédié à Kâlî. On fait la queue pour admirer les idoles. Je suis passé dans un petit temple un peu isolé, et j’ai eu le droit à la Tika, une trace rouge sur le front qui peut symboliser plusieurs choses comme l’appartenance à un groupe religieux ou le statut marital. Dans mon cas, c’était surtout un signe de bénédiction et d’après ce que j’ai entendu, ce trait rouge permet de réveiller les énergies présentes dans notre corps et de les retenir. Avec cela, un petit bracelet qui ne me quitte plus. Certains m’ont dit qu’il fallait payer pour cela, mais je pense qu’on m’aurait demandé bien clairement de déposer quelque chose dans l’urne juste après, ce qui n’a pas été le cas.

A la fin de cette découverte un peu rapide, beaucoup d’entre nous sont “perdus“, et heureusement que nous avions des indiens avec nous pour nous expliquer ce qu’il faut faire (et ne pas faire). A retenir pour les prochains temples que je vais visiter la semaine prochaine.

Après cela, nous sommes allés à Belur Math et avons visité le temple de Ramakrishna. Les photos n’étaient pas autorisées non plus …

belurmath

Ce temple, inauguré en 1938, ressemble à la fois à un temple, à une mosquée et à une église. Le mélange de styles architecturaux est assez étonnant et reflète la volonté de parvenir à une “Hoogly”, en unifiant toutes les religions (voir Ramakrishna pour en savoir plus).

Après ces deux visites, me voilà prêt à découvrir tous les autres temples que l’Inde abrite !

dirty water

Il y a deux mois, un projet dans les rues de New York a retenu mon attention. L’UNICEF a réalisé une superbe opération de guérilla marketing pour sensibiliser la population au problème de l’eau dans le monde.

Etant donné que je vais passer 4 mois en Inde (je ferais un article très bientôt pour préparer mon départ) et que je risque de ne pas toujours avoir à ma disposition d’eau potable (c’est pour cette raison que j’ai fait plusieurs vaccins d’ailleurs), je ne pouvais pas ne pas parler de cette opération.

Un distributeur d’eau sale (dirty water) a été installé et mis en disposition des passants pour qu’ils puissent goûter et découvrir le quotidien des millions de gens qui n’ont pas d’eau potable à leur disposition. Bien sûr, personne n’a réellement bû de cette eau, mais beaucoup ont fait des dons : en achetant des bouteilles directement au distributeur ou en faisant un don par mobile (grâce à un dispositif permettant d’envoyer un SMS pour faire un don).

Comme quoi, il suffit parfois d’une mise en scène pour déclencher le don.